gestionde-crise

Je partage avec vous une petite réflexion qui m’est venue en écoutant Gilles Babinet évoquer le big data. Elle est volontairement courte, mais je suis preneur de vos commentaires.

Lors des présidentielles américaines, MogIA a prédit la victoire de Trump alors que les sondages cumulés donnaient Hillary Clinton gagnante avec 85% de chance.

La différence entre ce sondage et les autres repose sur une seule donnée fondamentale : l’absence de biais cognitif de la machine. Laissée à elle-même, la machine n’a aucun état d’âme, et d’ailleurs n’a (a priori) pas d’âme. Sa seule capacité repose sur la computation d’informations tous azimuts et une interprétation froide des données en fonction de prémices posées par son concepteur.

Ce résultat nous en dit long à la fois sur nous même en tant qu’opérateur d’informations, mais aussi sur le potentiel de l’IA.

Sur nous-même. L’IA nous inflige une véritable blessure narcissique en nous rappelant que nous ne sommes pas des êtres rationnels et que le véritable maître à bord est notre inconscient, structuré par notre expérience.

Un inconscient qui pilote et induit une multitude de biais cognitifs dans notre interprétation du monde. Ainsi sur les sondages, il est facile a posteriori de rechercher les erreurs commises : questions inductives, panel non représentatif, déclaration tronquée des sondés etc. Bref, l’humain est faillible de part et d’autres et l’indice de confiance ne suffit pas a redresser l’interprétation.

Constat blessant : les différents outils dont nous nous parons pour prendre des décisions, par exemple en marketing, ne sont que des pis-aller pour tendre à la fois vers une vision objective du monde et nous aider à prendre des décisions, quand au prédictif…  Quoiqu’il en soit, ces outils ne remplissent clairement pas leur office d’apporter des réponses précises et sans sujets à remise en question par les faits.

Autre constat, peut-être paradoxal : l’intelligence artificielle est la seule à même de donner une réponse exacte à la question posée. Autrement dit, alors que dans notre vie personnelle et professionnelle nous passons l’essentiel de notre temps à prendre des décisions du matin au soir, si nous souhaitions réellement être objectif et rationnel, nous devrions laisser faire l’IA dans tous les compartiments décisionnels.

Ou admettre, que nos décisions ne sont pas rationnelles, objectives et donc la plupart du temps contre-productive, dénuée de libre-arbitre donc hasardeuses dans leurs effets à court, moyen et long terme.

In fine, réfléchir sur l’intelligence artificielle en revient à se poser la question de notre propre condition et de notre relation au réel. Sur ce point l’intelligence artificielle nous renvoie une image peu flatteuse de nous même. La distorsion est grande pour nous, faible pour la machine. A voir comment l’humanité pourra gérer ce paradoxe à termes.

Votre avis ?

@fabricefrossard