La messagerie dépasse les SMS
Infographie The Economist

Avec 30 millions de messages envoyés quotidiennement, la seule application WhatsApp surpasse le nombre de SMS envoyés chaque jour. Les 10 premières applications de messageries instantanées accumulent à ce jour 3 milliards de comptes actifs dont 700 millions pour le seul WhatsApp et 600 millions pour Messenger, tous deux détenus par Facebook.

L’usage du mobile et une telle base installée, 1 milliard d’usagers par mois pour FB, ne peut qu’être une incitation à la monétisation à l’image de l’annonce réalisée au F8 sur l’ouverture de Messenger à des applications tierces à l’image de ce qui est déjà réalisé par le chinois WeChat, le sud-coréen Kakaotalk ou encore le japonais Line.

Un client profilé vendu à l’annonceur

Avec la libération de l’API, les partenaires de Facebook, seront à même d’afficher des messages publicitaires auprès des utilisateurs, de proposer de nouvelles applications et de vendre des stickers, émojis et autres jeux. A l’identique la version business on messenger donne cet octroi aux e-commerçants qui pourront entrer en contact directement avec le client pour le suivi de leurs commandes. L’avantage est triple : l’unification de l’échange, l’identification du client et la personnalisation. Mais surtout donner l’accès aux clients aux annonceurs.

En suivant le mouvement des Asiatiques, Facebook tente encore une fois de trouver de nouveaux canaux de monétisation et relais de croissance. Il poursuit aussi son obsession d’être une plateforme intégrale, un web alternatif répondant à tous les besoins de l’internaute sans qu’il ait besoin de chercher ailleurs la fonction souhaitée. Il y a redite. Souvenez-vous des tentatives : FB Places pour remplacer Foursquare, Facebook beacon pour tracer les achats, Facebook deals pour remplacer Groupon, votre email à @facebook.com etc. La liste est longue de tentatives de monétisation et de rétention qui se sont toutes soldées par des échecs retentissant, et je ne cite même pas le téléphone Facebook HTC. Quelqu’un en a un ? Non personne.

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Une erreur d’analyse ou un coup pour voir ?

Cette persévérance est louable, mais avec l’ouverture de messenger, Facebook a peut-être sous-estimé les motivations des utilisateurs à être sur des messageries instantanées : l’absence de bruit, de spam et la confidentialité de l’échange. Des motivations prises en compte par exemple par Snapchat avec l’autodestruction du message. A quoi bon utiliser ce type d’applications si demain tout ce qui éloigne l’usager d’une plateforme ouverte se retrouve à l’identique sur votre application mobile ? Avez-vous vraiment envie d’être sollicité par un éditeur, un ecommerçant via messagerie et vous retrouver à gérer les spams comme dans votre boîte email ? Sans doute pas.

En prenant cette voie, Facebook prend un grand risque. Certes les asiatiques raffolent des stickers et autres emoji, mais la culture et la relation à la messagerie est foncièrement différente. Si succès il y a, ce sera certainement dans la zone asiatique, importante pour Facebook comme je l’ai déjà analysé ici, mais notre réticence aux sollicitations commerciales non pertinentes et notre volonté de « privacy » concourent sans doute à un échec annoncé de ce nouveau mouvement de Facebook. A suivre.

@Fabricefrossard

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