Ne laissez pas la machine penser pour vousL’information est une question centrale pour un journaliste, mais aussi pour tout humain normalement constitué. Ne vit-on pas dans la société de l’information. Avec Internet, cette question s’actualise en permanence dans une dynamique constante d’enrichissement de contenus et d’outils pour les filtrer. Depuis quelques mois, un nouveau moteur de recherche est apparu : duckduckgo ; fondé par Gabriel Weinberg. Sa promesse ? Remonter une information non filtrée. Une information qui ne tient pas compte de vos précédentes requêtes, de votre navigateur, de votre système d’exploitation, de vos like facebook etc.

Pour plus d’explications, je vous conseille instamment de regarder l’intervention lors d’un TED d’Eli Pariser, fondateur et président de MoveOn.org et d’Avaaz s sur la « bulle d’information ».

Cette personnalisation évoquée par Eli Pariser touche évidemment tous les compartiments du jeu de l’internet, c’est même l’enjeu absolu de toutes les entreprises à visée lucrative, que ce soit des ecommerçants, des moteurs de recherche (aussi régie publicitaire), des réseaux sociaux (régie pub aussi) etc. La relation B2C de demain est du one-to-one,et non plus du one-to-many. Pour les optimistes, la contre-offensive à cette intimité est facile, il suffit d’utiliser les réseaux sociaux comme twitter pour que l’information non filtrée arrive jusque moi. Là aussi, la question est complexe. Comme dans les moteurs de recherche, nous avons tendance à suivre les personnes qui sont en affinités avec nos centres d’intérêts, notre façon de penser, en fait nous reproduisons, consciemment ou non, ce que les moteurs de recherche tentent de réaliser avec des algorithmes.

Il en va en information comme de toute chose, nous recherchons le confort ou ce que nous savons déjà, la dissonance cognitive n’est pas le fort de l’humain et ce qui nous dérange ou va contre nos idées, nos façons de penser sont difficiles à assumer pour l’esprit. La bulle dans laquelle nous sommes peut être une finalité…

Et, personnellement je reste très sceptique sur la capacité des réseaux à générer de l’inconfort informationnel. J’ai récemment écrit un papier sur la curation en m’appuyant sur l’exemple de buzzfeed, un site qui s’appuie sur l’information la plus circulante sur les médias sociaux pour nourrir ses contenus. Une sorte de curation des réseaux sociaux par la loi du plus grand nombre. Un petit tour sur ce site peut donner une idée sur la pertinence de l’information remontée.

Sur internet comme ailleurs, la quête d’information doit être la plus proactive possible et nécessite une vraie démarche de veilleur. Laisser un algorithme penser pour soi est assez déprimant.

De Hal à l’algorithmie des sites actuels, le danger du conformisme est toujours présent.